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PERDREAU
Le matin ou le soir, ces petites fusées de plumes jaillissent sur l'horizon, passent sur le ciel comme des ombres rapides pour retomber dans le giron de la terre.
Après les moissons et avant les semailles, quand la terre est soulevée par ces longs sillons où les racines des épis forment comme un tapis-brosse, la campagne qui s'étend sous le vaste ciel doré appartient aux perdreaux.
C'est l'oiseau familier de la région la plus pure de la France, au bord de laquelle les alluvions étrangers se sont tous arrêtés.
Le perdreau est le synonyme du blé : terre à blé, terre à perdreaux.
Les prairies humides et nordiques, les forêts de l'Est, la rouge terre des oliviers, les montagnes froides et les tristes terres du sarrasin ne sont pas aimées du perdreau. Il lui faut ce climat raisonnable, cet air léger et intelligent, ces routes nombreuses qui facilitent tous les passages. C'est un oiseau, solaire qui fuit les forêts et leur mélancolie. Il n'aime pas la lune, il ignore la mer ainsi que les sommets. Son petit œil noir et vif ne lui sert qu'à discerner rapidement ses ennemis naturels : l'homme, le chien et le fusil, et à les déjouer.
Il ne vole jamais très haut, se contentant de regarder l'horizon joyeux du matin ou estompé du soir.
Les objets familiers qu'il voit sont les charrues et les herses qu'on prépare près des haies en attendant les semailles d'octobre, les fermes et les granges en pierre grise, les meules hautes et rondes qui ont l'air sur la plaine de planètes d'ombre ou de soleil arrêtées dans leurs cours, et les flèches des clochers, les tours des cathédrales qui furent les grandes créations des gens de France au xme siècle.
Cathédrales d'Amiens, de Beauvais, de Meaux, de Paris, de Soissons, de Noyon, vous êtes les reines éternelles de l'Amiénoisj du Valois, du pays Beauceron, du Soissonnais, de la Seine-et-Oise, de la Brie, terres où se balance le blé flexible et où le cri aigu du perdreau est comme le rire sec de la moquerie française.
Le perdreau aime ce terrain mesuré où il trouve sa nourriture favorite faite de graines de blé, d'orge et d'avoine, des œufs
de labour. On le suit d ; l'œil sans pouvoir l'atteindre jusqu'à ce qu'il ait trouvé un abr dans le creux vert d'un vallon où il saura s'aplatir entre les trèfles.
On chasse le lièvre à courre, et sa course est plus vive que belle des chiens qui le poursuivent, mais sa cervelle étroite loge la , peur, qui le fait zigzaguer sans cesse et tomber dans la gueule béante des chiens.
La chair du lièvre vaut surtout par la douceur de son sang dans lequel on le fait cuire avec force épices, et c'est le civet.
Quand aux levraults tués après s'être nourri de l'herbe chaude et aromatisée de la montagne, leur fumet est tel qu'il « embaumerait une église ».
Le civet est le plat indispensable des déjeuners de chasse bruyants.
Les hommes ont la voix forte, les bottes résonnent, les vaisselles tintent, et le départ a lieu, laissant les femmes seules avec leurs broderies, leurs médisances et leurs recettes.
Il est triste de manger un civet en ville. On se prouve à soi-même qu'on est privé des joies de la campagne et que les belles après-midi dorées de septembre s'étendent loin de soi.
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